Omar Ibn SAÏD (1770 - 1864)

Omar Ibn SAÏD

Omar Ibn SAÏD

Omar ibn Said (1770-1864) est né dans l'actuel Sénégal au Fouta-Toro, une région entre le fleuve Sénégal et le fleuve Gambie en Afrique de l'Ouest, dans une riche famille. Son père s’appelait Said et sa mère Oum Hani. Après ses humanités coraniques, Omar s’abreuva de connaissances auprès de plusieurs maîtres sur une période de 25 ans. Il devint par la suite enseignant et commerçant.

Il était un érudit islamique peul qui a passé 25 années de sa vie à étudier avec d'importants autres érudits islamiques en Afrique. En 1807, il a été capturé par les armées Bambaras au cours d'un conflit militaire qui les opposait aux Peuls, puis vendu aux trafiquants d'esclaves et emmené aux États-Unis. Il s'est échappé d'un maître cruel à Charleston en Caroline du Sud pour se rendre à Fayetteville en Caroline du Nord. Là, il a été recapturé et vendu plus tard à James Owen. Said a vécu jusqu'à plus de 90 ans a été un esclave jusqu'à sa mort en 1864. Il fut enterré dans comté de Bladen, en Caroline du Nord. Omar ibn Said a aussi été connu sous les noms d'oncle Moreau et prince Omeroh.

Le texte d’Omar Ibn Said occupe une place importante dans l’histoire littéraire américaine. Il est en effet la seule autobiographie en arabe produite par un esclave. Initialement écrit en 1831, il comporte 23 pages et est rédigé avec une calligraphie en style maghribi (généralement adopté par les marabouts et les écoles coraniques de l’Afrique de l’Ouest).

Omar ibn Said est largement connu pour les quatorze manuscrits qu'il a écrits en arabe. Sur l'ensemble de ses manuscrits arabes, il est surtout connu pour son autobiographie écrite

14 manuscrits nous sont parvenus de lui plus exactement. Le plus important, et celui ayant suscité l’intérêt du plus grand nombre, restant le récit de sa vie et des conditions de captivité. L’oeuvre a été depuis traduite et diffusée en 2011 grâce aux travaux d’Ala Alryyes, dans un ouvrage titré : « A muslim american slave, the live of Omar Ibn Saïd ». En voici qulques extraits :

 »Avant ma venue au pays des Chrétiens, ma religion était celle de Mohammad, le prophète d’Allah. Qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. J’allais à la mosquée avant l’aube, je lavais ma figure, ma tête, mes mains, mes pieds. J’effectuais les prières de la mi-journée, de la fin de l’après-midi, du coucher du soleil et de la nuit. Je donnais l’aumône chaque année en or, argent, en récoltes et bétail : moutons, chèvres, riz, blé et orge … Je m’engageais chaque année au djihad contre les infidèles. J’allais à La Mecque et à Médine comme l’ont fait ceux qui en avaient les moyens. »

Capturé à l’âge de 37 ans, il aurait ainsi étudié l’arabe dans le boundou et le fouta, ainsi que les sciences islamiques pendant près de 25 ans à l’étranger, dans les territoires africains voisins, riches de centres islamiques, avant de regagner sa terre natale.

« Après mes études je suis retourné chez moi pendant six ans avant qu’une armée n’envahisse notre pays. Ils ont tué beaucoup de gens. Ils m’ont capturé, et m’ont vendu à un chrétien qui m’a emmené dans un grand bateau.»

Il atterrit, après 1 mois et demi de voyage, à Charleston aux Etats Unis. Toujours dans le même texte, après y avoir retranscrit dans son intégralité la sourate al Mulk, comme pour rappeler à qui le lira de qui provient le Seule et Unique souveraineté digne de ce nom, il décrit son premier propriétaire comme  »un petit homme chétif nommé Johnson, un infidèle qui ne craignait point Allah. ». Face aux maltraitances subies, 2 après son arrivée, Il s’enfuira de sa plantation, 1 mois durant, prenant la direction de Fayetteville. Là, il se fera maladroitement prendre dans une église dans laquelle il était entré pour prier.

Il parle alors de la prison dans laquelle il est conduit lors de sa fugue comme  » une grande maison appelée jîl (jail) ». Dans sa cellule, on raconte qu’il aurait écrit sur ses murs des versets du Coran, ce qui eu comme conséquence d’attirer l’attention sur lui de l’ensemble de la ville (1). Jim Owen, frère du gouverneur de la Caroline du Sud, finira ainsi par le racheter et le conduire en sa maison familiale. Une famille qu’il jugera plutôt positivement dans ses écrits.

 »Tout ce qu’ils mangent, je le mange, et tout ce qu’ils portent, ils me le donnent une fois usé »

Ces "écritures étranges" fascinèrent ses geôliers et les habitants de la ville. Il sera racheté par un certain Mitchell puis devint propriété du général James Owen de Bladen County avec lequel il restera jusqu’à sa mort en 1864, année également de la disparition du grand djihadiste El Hadj Omar Tall, son contemporain et homonyme. Il était âgé de 94 ans et n’avait pas laissé de descendance en Amérique.

Son récit semble renfermer néanmoins un sens ésotérique et des paroles à double sens selon les chercheurs ayant étudié ses mots. Malgré sa dite conversion au christianisme, telle que ce fut parfois d’usage en son « milieu », il continua de louer Muhammad, paix et salut soient sur lui, et de faire référence au Coran dans ses écrits. Dans sa bible, qui lui fut traduite en arabe, il y fera de nombreuses annotations consistant à comparer le texte biblique à celui du texte coranique. Ne manquant pas d’audace, on lui demandera de traduire en arabe une prière chrétienne, ce qu’il exécutera en écrivant en lieu et en place la sourate al Fatiha. Le dernier texte d’Omar, rédigé en 1857, est ainsi une reprise du chapitre coranique al-Nasr, rappelant l’entrée massive d’infidèles dans la religion de l’islam.

Son récit et ses faits seront maintes et maintes fois retranscrits dans les journaux d’alors. En 1863, un journaliste du New York Observer, impressionné, le décrira en termes plutôt élogieux, rappelant « ses doigts effilés et le raffinement de sa démarche ». Il serait alors un prince arabe, un noble capturé par erreur. Il meurt peu de temps après, toujours en esclave, un an avant la grande vague de libération suivant la guerre de sécession…

La vie de cet homme qui devint une célébrité en Caroline du Nord suscite autant d’indignation que d’admiration.

Omar attira l’attention sur lui par sa maîtrise de l’arabe : "Il écrit d’une main de maître, de droite à gauche, dans une langue qualifiée d’étrange, disait un observateur de l’époque". Ceux qui ont pu le rencontrer soulignaient sa silhouette distinguée et sa grande dignité. Un journaliste du New York Observer remarquait, en 1863, "ses doigts effilés et le raffinement de sa démarche". La fascination à l’endroit du célèbre esclave conduisit même certains à dire qu’il serait une anomalie, un "prince arabe", un "noble" tombé par accident chez les "sauvages" et même un franc-maçon qui, lorsqu’il a été reconnu comme tel, a bénéficié d’un traitement de faveur le restant de sa vie.

Les récits de l’époque, plein de négrophobie comme on peut l’imaginer, le présentèrent alors comme une figure d’exception. Pensez-vous, un africain qui épate par ses écrits et sa maîtrise de l’arabe (voire par le simple fait de savoir écrire), c’est comme un diamant au milieu de ceux qu’on qualifiait de sauvages…

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